La restauration d’œuvres dites « ethnographiques » implique une réflexion autant sur la matérialité que sur la portée immatérielle des collections à traiter. Souvent plus que pour d’autres artefacts, les valeurs portées aux objets sont multiples : valeur esthétique comme valeur usuelle, artisanale, historique, spirituelle, communautaire, etc. Les propositions de conservation-restauration prennent en compte ces facteurs dans la priorisation des interventions, et le propos de cette spécialité est bien de considérer l’ensemble des informations — apportées à la fois par l’objet, par son contexte de collecte, et celui de sa conservation.
Les propositions de l’atelier sont formulées après recherches documentaires et réflexion autour des valeurs que l’on porte à l’objet. Une attention particulière est portée à la conservation de toute altération significative, trace d’usage, dépôt originel et volontaire. Sans tomber dans l’écueil de la restauration minimale systématique ou de la pure conservation préventive, nous bornons nos interventions à une moindre interprétation et à la mise en valeur de la signification de l’artefact. Notre démarche s’inscrit avant tout dans la préservation de la lisibilité de l’œuvre : nous prenons soin de respecter l’histoire et le parcours des objets au travers des traitements effectués, témoignant autant de leur création que de leur collecte et muséification.
Au-delà d’un état physique synchronique, nous examinons ce que l’objet peut dire. Comme le suggérait l’Ecomusée du Creusot néanmoins, « les objets ne parlent pas ; ce sont les regards que l’on porte sur eux qui disent la mémoire ; regards de gens du pays, d’historiens, de militants, d’artistes, de rêveurs. ». Notre démarche s’inscrit donc dans cette recherche du regard porté sur l’œuvre avec, en filigrane, celle du plus juste discours supposé. Nous priorisons de fait les enjeux d’un travail collaboratif auprès de populations concernées par le patrimoine étudié et défendons la pluridisciplinarité au sein de la conservation-restauration. Parallèlement, nous prenons soin de concilier ces observations avec le point de vue du propriétaire de l’œuvre et son contexte actuel d’exposition, la discussion restant bien entendu ouverte quant aux propositions de traitement.
Matériaux traités :
Cuir, Bois, Fibre végétale, Phanères, Papier, Carton, Toile, Œuvres composites.
Exemples d’interventions :
– Théorie : recherches de provenance, recherches documentaires (usuelles et techniques), travail en collaboration avec institutions et les populations concernées, constats d’état
– Consolidation : déchirures, fentes, fissures, vermoulures, fragilités diverses…
– Doublage : déchirures, lacunes, tensions
– Refixage : couche picturale écaillée et/ou pulvérulente, surfaces diverses
– Comblement : lacunes structurelles, lacunes ornementales, trous d’envol, éclats
– Interventions de surface : mise en teinte, retouche, vernis, cire…
– Préconisations de conservation : création de conditionnement, préconisations de conservation préventive
